28.10.2007
De la bonne humeur.
Marseille : Il y a de ces jours où l’on se réveille de bonne humeur, où l’on se dit que, somme toute, l’humanité n’est pas aussi déguelasse que cela et que la vie vaut la peine d’être vécue, sans être une amère vallée de larmes.
« Eh bien, Benjamine, c’est plutôt rare, ce genre de réveil… il s’appelle comment ? »
Foin de plaisanterie ! Je suis de bonne humeur parce que je le suis, un point c’est tout.
Et ce n’est pas l’heure d’hiver, le soleil, l’absence de Mistral, ce calme serein qui est la marque du quartier des Réformés, les bruits ronronnants qui viennent de la Canebière et du vieux port qui influencent mon jugement. Le fait est là qui se présente à mon intellect dans son essence brute.
« Vous recommencez à philosopher ! »
Normal, c’est ma déformation professionnelle. Mais en fait, je ne philosophe pas, je constate, un point, c’est tout. Je ne déduis pas, compare encore moins et n’en tire aucun enseignement. Ma bonne humeur est là, comme un vent doux de printemps qui caresse un champs de coquelicots.
Et je n’essaie surtout pas de l’analyser, cette bonne humeur. Je la laisse là où elle est. En moi. Je ne la dérange pas. Je lui fais de la place.
Et je conseille à tout le monde d’en faire autant. Ne pas se poser de questions inutiles. Vous vous levez de bonne humeur ? N’essayez surtout pas de savoir pourquoi ! En matière de sentiments, posez-vous le moins de questions possibles. Pourquoi vous gâcher la vie ?
D’autant plus que les réponses sont ce qu’elles sont : la traduction d’un moment, toujours trop bref, toujours fuyant. Alors, n’insistez pas. Laissez-vous vivre !
Et ce qui vaut pour la bonne humeur, à tout prendre, vaut aussi pour la mauvaise ou la triste humeur…
« Pour la triste ou mauvaise humeur, il y a peut-être des causes que l’on connaît et déplore ? »
Certes oui… et alors ? C’est arrivé, c’est passé… c’est vite dit aussi, mais que faire d’autre ?
L’instant c’est un présent qui dure, un instant qui se répète et qu’on laisse se répéter.
Se retourner vers le passé, attendre quoi que ce soit d’un futur qui n’est pas encore, ce n’est pas « ex-ister », c’est rester dans la passivité d’une stance amorphe.
Et jouir de l’instant présent est le luxe des dieux.
« Vous êtes donc une déesse ? »
Pourquoi pas ?
11:47
Écrit par Benjamine
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26.10.2007
De la Vérité.
Partons de la causerie. Causer c’est parler sans un but bien précis, une discussion entre amis. Au cours de cette discussion on énonce tout un ensemble de propositions sans valeurs précises, du type : « X est en vacances, Y est hypocondriaque, il fait beau à Carthage ou nous n’utilisons que dix pour cent de notre cerveau… ». (1)
Il n’y a rien dans ces causeries qui vise à une quelconque « révélation ». Verba volant...
La « parole » est d’un autre niveau. La parole vise, elle, une expression, celle du mot.
Sans la parole, son expression, le mot n’est rien qu’un ensemble de lettres qui se suivent dans un ordre bien déterminé. Pour que le mot se révèle, il faut la parole.
La parole est donc une révélation. Le mot se cache et la parole le révèle.
Cette révélation se veut vraie.
Mais que signifie « vérité » ?
En grec, vérité se dit « alètheia ». Etymologiquement nous avons un alpha (a) privatif qui signifie « sans » et lètheia qui se traduit par « léthargie ».
Nous pouvons donc traduire : « hors de la léthargie »
C’est-à-dire, en conscience. En toute lumière, elle est illumination.
Une vérité relative est celle de la causerie. Mais n’est-ce-pas plutôt une vraisemblance, une approche toute inconsciente du vrai ?
La vérité, elle, procède de la parole consciente, éveillée.
La causerie n’a pas de valeur en soi. Elle va, elle vient, elle est fuyante, elle ne fonde rien. Elle est du domaine de l’opinion, rien de plus.
La parole se veut conscience fondatrice, socle à partir duquel la vérité va se déployer.
L’homme aspire-t-il à la vérité ? C’est à dire à cette conscience illuminante ?
Rien n’est moins sûr !
L’homme veut son confort. Matériel, intellectuel et, pourquoi pas ? spirituel.
A la « Vérité », il préfère sa « petite vérité » personnelle, celle qui ne lui fait pas peur, celle dont l’illumination ne l’aveugle pas.
L’homme est un être qui veut croire plutôt qu’apprendre. Et croire sans risque, sans peine, sans effort.
D’où le succès des doctrines de pacotilles, des sophistes, des gourous qui lui servent une « vérité » toute faite, emballage cadeau en prime.
C’est l’honneur de certains – et je pense ici à tous ces grands penseurs qui nous ont illuminés par leur savoir- d’insister sur le destin tragique mais grandiose qui attend celui qui vise la « Vérité ».
Hélas, ils sont de moins en moins nombreux !
1) "Nous n'utilisons que dix pour cent de notre cerveau." C'est une boutade de Einstein. L'intelligentsia de l'époque, incapable de concevoir que le maître put plaisanter, en fit une
affirmation ex cathedra. Il est vrai aussi que nos neurones n'occupent que dix pour dent de la surface du cerveau.
08:57
Écrit par Benjamine
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24.10.2007
Une raison ironique.
Des amoureux veulent se marier.Leur décision repose sur un ensemble de motifs plus ou moins conformes à la raison. Mais ils en ont cure (et puis, ce serait dommage qu’il n’y ait que des mariages de raison !). Ils se marient parce que tel est leur bon plaisir. Comme tout homme, ils aspirent à l’absence de contrainte et à l’accord avec soi-même. C’est ce que le philosophe Marc Beugner (« Responsabilité, questions philosophiques ». PUF 1997) appelle la liberté factuelle.
Ce n’est pas l’autonomie (autos-nomos, soit le pouvoir d’ériger ses propres contraintes) : c’est le pouvoir de faire « ce que l’on veut ».
Faire ce que l’on veut sans en être empêché par autrui, ce qui signifie que cette liberté ne peut être totale; elle est limitée par la liberté d’autrui, on le sait !
La liberté factuelle réside dans un double accord : accord de l’acte avec la volonté et accord de la volonté avec elle-même.
C’est très facile à écrire, mais dans les faits, qu’en est-il ?
Les partisans du libre arbitre vont droit à leur but : on n’est libre que si notre vouloir l’est aussi. Ces amoureux dans notre exemple, ils sont motivés par un ensemble de raisons, désirs et penchants qui les poussent au consentement de manière qu’un refus semble impossible. Si leur choix reste libre, la volonté n’est pas la résultante des éléments qui les inclinent vers tel ou tel parti !
La raison n’a aucune place dans ce choix.
En fait, ils se marient parce que c’est le choix de leur libre arbitre.
Et ce libre arbitre n’a pas à être justifié raisonnablement, c’est ainsi, point final !
Mais dans ce cas, nous sommes conduits à poser quantité d’actes que la raison ne peut expliquer.Et nous ne pouvons les expliquer que par la raison dès que nous voulons justifier notre croyance commune en la liberté de nos choix.
En fait, nous assistons là à une idiotie morale; c’est-à-dire être incapable d’expliquer pourquoi on en fait tel ou tel choix.
D’après cette thèse, nous ne savons jamais vraiment pourquoi nous faisons ceci plutôt que cela.
Ce qui est faux, nous le savons. Le libre arbitre serait donc une chimère…
Les empiristes réfutent cette thèse : pour eux, notre liberté est d’abord et avant tout liberté de l’action. Liberté de faire. Les mariés se marient parce qu’ils sont libres de le faire. Et s’ils changent d’avis, personne ne les contredirait.
Dans cette optique, l’homme ne suit plus que sa nature. Un peu comme un chien ou une vache… C’est oublier que l’homme n’est pas tributaire de sa nature.
Lees empiristes ont tort, car l’homme est parfaitement capable de faire librement une chose qui n’est pas conforme à sa volonté. Le pouvoir de la volonté n’a rien à faire avec le désir. C’est le pouvoir de la volonté de se mettre en accord avec elle-même.
Or exiger de l’homme que sa volonté soit toujours conforme avec elle-même est beaucoup. Le faire serait juger que chacun est parfaitement maître de soi, ce qui n’est pas le cas !
La liberté factuelle reste donc une manière pour l’homme de faire ce qui lui plaît, en dehors de toute contrainte, une façon d’être banalement heureux.
Ce n’est pas le pouvoir d’ériger, éclairé par la raison, ses propres normes (auto-nomos).
Mais posons-nous la question : l’homme est-il obsédé, à l’instar d’un Kant, par la raison ? Vise-t-il, à chacune de ses actions, un but rationnel ? Bien sûr que non !
L’homme cherche le plaisir et l’absence de douleur. Rien de plus, rien de moins.
Et si la raison ne le satisfait pas, car cette dernière est évanescente, alors, libre à lui de se réfugier dans le mysticisme ou dans quoi que ce soit si tel est son bon plaisir.
La philosophie est là pour lui apporter des réponses qui, toutes, sont provisoires et sujettes à caution.
Mais qu’importe, pourvu que subsiste l’esprit critique.
L’esprit critique et la raison ironique !
09:33
Écrit par Benjamine
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